Registres

Trouvez un registre par texte (le plus flagrant) :

TEXTE 1 : Registre EPIQUE

« Nous nous levons alors, et tous en même temps

Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.

Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent ;

Ils paraissent armés, les Maures se confondent,

L’épouvante les prend à demi descendus ;

Avant que de combattre ils s’estiment perdus.

Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre ;

Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre,

Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,

Avant qu’aucun résiste ou reprenne son rang.

Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,

Leur courage renait, et leurs terreurs s’oublient :

La honte de mourir sans avoir combattu

Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu. »

Texte 2 : REGISTRE COMIQUE

« DORINE.

Madame eut avant-hier la fièvre jusqu’au soir,

Avec un mal de tête étrange à concevoir.

ORGON.

Et Tartuffe ?

DORINE.

Tartuffe ? Il se porte à merveille,

Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.

ORGON.

Le pauvre homme !

DORINE.

Le soir, elle eut un grand dégoût,

Et ne put au souper toucher à rien du tout,

Tant sa douleur de tête étoit encore cruelle !

ORGON.

Et Tartuffe ?

DORINE.

Il soupa, lui tout seul, devant elle,

Et fort dévotement il mangea deux perdrix,

Avec une moitié de gigot en hachis.

ORGON.

Le pauvre homme !

DORINE.

La nuit se passa toute entière

Sans qu’elle pût fermer un moment la paupière ;

Des chaleurs l’empêchoient de pouvoir sommeiller,

Et jusqu’au jour près d’elle il nous fallut veiller.

ORGON.

Et Tartuffe ?

DORINE.

Pressé d’un sommeil agréable,

Il passa dans sa chambre au sortir de la table,

Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain,

Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.

ORGON.

Le pauvre homme !

DORINE.

A la fin, par nos raisons gagnée,

Elle se résolut à souffrir la saignée,

Et le soulagement suivit tout aussitôt.

ORGON.

Et Tartuffe ? »

Texte 3 : REGISTRE IRONIQUE

« Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n’oubliant jamais Mlle Cunégonde. Ses provisions lui manquèrent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-là, et qu’on y était chrétien, il ne douta pas qu’on ne le traitât aussi bien qu’il l’avait été dans le château de monsieur le baron avant qu’il en eût été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde. »

 

Texte 4 REGISTRE POLEMIQUE

«  La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir où elle en est la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen-Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ? »

Texte 5 : REGISTRE SATIRIQUE

« Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériences sur son prochain va conter dîner à sa femme ce qui sest passé le matin. La première fois madame en a été révoltée, à la seconde elle y a pris goût, parce qu’apèrs tout les femmes sont curieuses ; et ensuite la première chose qu’elle lui dit lorsqu’il rentre en robe chez lui : «  Mon petit cœur, n’avez-vous fait donner la question à personne ? »

ces expériences : allusion à la pratique de la torture
question : torture

Texte 6 : REGISTRE PATHETIQUE

« Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,

Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !

Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi

Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon

Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;

Chaque instant te dévore un morceau du délice

A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix

D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,

Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! (…) »

Texte 7 : REGISTRE TRAGIQUE

« LA MÈRE. – Est-ce moi, Roberto est-ce moi qui t’ai accouché ? Est-ce de moi que tu es sorti ? Si je n’avais pas accouché de toi ici, si je t’avais pas vu sortir, et suivi des yeux jusqu’à ce qu’on te pose dans ton berceau ; si je n’avais pas posé, depuis le berceau, mon regard sur toi sans te lâcher, et surveillé chaque changement de ton corps au point que je n’ai pas vu les changements se faire et que je te vois là, pareil à celui qui est sorti de moi dans ce lit, je croirais que ce n’est pas mon fils que j’ai devant moi. Pourtant, je te reconnais, Roberto. Je reconnais la forme de ton corps, ta taille, la couleur de tes cheveux, la couleur de tes yeux, la forme de tes mains, ces grandes mains fortes qui n’ont jamais servi qu’à caresser le cou de ta mère, qu’à serrer celui de ton père, que tu as tué. Pourquoi cet enfant, si sage pendant vingt-quatre ans, est-il devenu fou brusquement ? Comment as-tu quitté les rails, Roberto ? Qui a posé un tronc d’arbre sur ce chemin si droit pour te faire tomber dans l’abîme ? Roberto, Roberto, une voiture s’est écrasée au fond d’un ravin, on ne la répare pas. Un train qui a déraillé, on n’essaie pas de le remettre sur ces rails. On l’abandonne, on l’oublie. Je t’oublie, Roberto, je t’ai oublié. »

Texte 8 : REGISTRE MERVEILLEUX

« Ce conseil, ayant pris l’avis des licornes, renvoya humainement le roi des Indes, sa sotte cour et ses imbéciles guerriers dans leur pays. Cette leçon les rendit sages, et, depuis ce temps, les Indiens respectèrent les Gangarides, comme les ignorants qui voudraient s’instruire respectent parmi vous les philosophes chaldéens, qu’ils ne peuvent égaler. — A propos, mon cher oiseau, lui dit la princesse, y a-t-il une religion chez les Gangarides ? — S’il y en a une ? Madame, nous nous assemblons pour rendre grâces à Dieu, les jours de la pleine lune, les hommes dans un grand temple de cèdre, les femmes dans un autre, de peur des distractions ; tous les oiseaux dans un bocage, les quadrupèdes sur une belle pelouse. Nous remercions Dieu de tous les biens qu’il nous a faits. Nous avons surtout des perroquets qui prêchent à merveille. »

Texte 9 REGISTRE LYRIQUE

« En vain l’aurore,

Qui se colore,

Annonce un jour

Fait pour l’amour ;

De ta pensée

Tout oppressée,

Pour te revoir,

J’attends le soir.

L’aurore en fuite,

Laisse à sa suite

Un soleil pur,

Un ciel d’azur :

L’amour s’éveille ;

Pour lui je veille ;

Et, pour te voir,

J’attends le soir.

Heure charmante,

Soyez moins lente !

Avancez-vous,

Moment si doux !

Une journée

Est une année,

Quand pour te voir,

J’attends le soir. »

Texte 10 : REGISTRE DIDACTIQUE

« La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous l’allons montrer tout à l’heure. »

Texte 11 : REGISTRE REALISTE

« Deux chambres, une salle à manger et une cuisine où des sièges recollés erraient de pièce en pièce selon les besoins, formaient tout l’appartement que Mme Caravan passait son temps à nettoyer. »

ATTENTION : peuvent apparaître : le registre épidictique (éloge ou blâme) et le registre élégiaque (dans les poèmes lyrique, longue plainte, oraison funèbre) et le registre fantastique.